Yolande Moreau

Publié le par Betty Faivre

Sa biographie :

Après une enfance en Belgique, Yolande Moreau reçoit une éducation catholique traditionnelle et passe une adolescence plus délurée.

Elle prend rapidement conscience de son goût pour le jeu et le théâtre. Elle suit des cours d'expression théâtrale tout en commençant en 1982 l'écriture de 'Sale affaire', sombre histoire d'amour et de meurtre.

En 1985, alors qu'elle est sur scène au festival d'Avignon, la réalisatrice Agnès Varda la remarque et lui propose son premier rôle au cinéma dans 'Sans toit ni loi'. Quatre ans plus tard, elle choisit d'intégrer la troupe de Jérôme Deschamps avec laquelle elle crée les personnages cultes du programme télévisé de Canal +, 'Les Deschiens'.

Les portes du cinéma s'ouvrent dès lors à elle : en 2001, elle incarne la concierge d'Amélie Poulain dans le film à succès de Jean-Pierre Jeunet. En 2003, elle joue à la fois dans la comédie 'Ze Film' de Guy Jacques, dans 'Folle Embélie' de Dominique Cabrera et dans 'Bienvenue chez les Rozes' de Francis Palluau.

Elle se lance dans la réalisation en 2004 et signe 'Quand la mer monte', son premier film, avec son compère le chef opérateur Gilles Porte. Le rôle d'Irène, comédienne touchante qui parcourt le Nord pour présenter son spectacle et qui rencontre Dries, porteur d'un géant de papier, lui vaut le César de la Meilleure Actrice.

L'académie des Césars récompense une seconde fois le travail de Yolande Moreau en lui décernant le prix du Meilleur Premier Film qu'elle partage avec Gilles Porte.

Sa filmographie

* Micmacs à tire-larigot ( en 2009 )
* Louise Michel ( en 2008 )
* Mia et le Migou ( en 2008 )
* Musée haut, musée bas ( en 2008 )
* Séraphine ( en 2008 )
* Vous êtes de la police ? ( en 2007 )
* Une Vieille Maîtresse ( en 2007 )
* Je m'appelle Elizabeth ( en 2006 )
* Paris, je t'aime ( en 2005 )
* Enfermés dehors ( en 2005 )
* Le Couperet ( en 2004 )
* Ze Film ( en 2005 )
* Quand la mer monte ( en 2004 )
* Folle Embellie ( en 2004 )
* Bienvenue chez les Rozes ( en 2003 )
* Le lait de la tendresse humaine ( en 2001 )
* Le fabuleux destin d'Amélie Poulain ( en 2000 )
* Tout doit disparaître ( en 1997 )
* La belle verte ( en 1996 )
* Les trois frères ( en 1995 )
* Le hussard sur le toit ( en 1995 )
* Serge Gainsbourg : vie héroïque ( en 2008 )
* Que la lumière soit ! ( en 1997 )

Les films réalisés par Yolande Moreau

* Quand la mer monte( en 2004 )

 

Son avant-dernier film:SERAPHINE

un film de Martin Provost
avec Yolande Moreau et Ulrich Tukur.
2008 © TS Productions
Photographie Michael Crotto
Site officiel du film : www.seraphine-lefilm.com

En 1912, le collectionneur allemand Wilhelm Uhde, premier acheteur de Picasso et découvreur du douanier Rousseau, loue un appartement à Senlis pour écrire et se reposer de sa vie parisienne. Il prend à son service une femme de ménage, Séraphine, 48 ans. Quelque temps plus tard, il remarque chez des notables locaux une petite toile peinte sur bois. Sa stupéfaction est grande d'apprendre que l'auteur n'est autre que Séraphine. S'instaure alors une relation improbable entre le marchand d'art visionnaire et l'humble femme de ménage dont tout le monde se moque...

Le film est une oeuvre d'art, 2 heures de joies et d'émotions...
Yolande Moreau a reçu le César 2009 de la meilleure actrice pour ce film.


Interview de Yolande Moreau : « Séraphine est un cadeau pour une comédienne »


Sous la direction de Martin Provost, Yolande Moreau interprète Séraphine de Senlis, l'une des figures de la peinture naïve du début du XXe siècle. Elle évoque la singularité de ce rôle


La Croix : C'est Martin Provost qui vous a fait découvrir Séraphine. Comment avez-vous approché ce personnage ?
Yolande Moreau : Quand il m'a présenté cette histoire, j'ai tout de suite trouvé que c'était un parcours hors du commun. Séraphine est un très joli personnage, un cadeau pour une comédienne.

Il s'agit d'une femme peintre - ce n'était pas courant au début du siècle dernier -, plus encore d'une femme de ménage, qui se dit « habitée », « entend » des voix et confie que sa main est « guidée »...

Il y a aussi son décalage avec la réalité : Séraphine va finir en asile psychiatrique. Je n'aime pas dire qu'elle était « folle ». Elle portait sans doute en elle une sorte de souffrance et trouvait un exutoire dans la peinture. C'est un destin formidable. J'ai tout de suite dit oui.


Avez-vous retrouvé dans Séraphine certains traits de vos précédents personnages, souvent un peu décalés ?
Séraphine ne devait pas s'attirer beaucoup de sympathies à l'époque. À travers elle, le film parle de la marginalité, de la différence. J'aime interpréter les personnages « décalés », même si on emploie ce mot à tort et à travers. Ceux qui ne sont pas tout à fait dans la réalité. Qui cherchent autre chose, et qui ont souffert.


Comment parvenez-vous à rester à la frontière entre une certaine forme de folie et la normalité ?
C'est toute la complexité du personnage. D'un côté, Séraphine a un travail rude et sait très bien ce qu'elle fait quand elle s'évertue à frotter les parquets. Elle a d'ailleurs sans doute basculé dans la folie au moment où elle a arrêté les ménages. Je l'ai incarnée avec mon corps et il a fallu trouver les gestes, l'énergie de ces travaux.

D'un autre côté, il subsiste au profond de sa tête une sorte de folie. Séraphine est complètement tournée vers le ciel, elle porte ce sens du divin, cet appel à peindre, ce côté illuminé - qu'on retrouve dans ses peintures. Il y a en elle quelque chose qui se situe entre ciel et terre.


Est-ce difficile d'incarner un personnage qui a vécu ? D'être fidèle, sans l'être trop ?
Comme Séraphine est quelqu'un qui a existé, on y va doucement. On a l'impression d'être un peu à l'extérieur, et puis, petit à petit, au fil du tournage, on endosse vraiment le personnage. On quitte cette timidité qui a pu naître au début. L'interprétation, c'est un petit volet qu'on veut ouvrir.

Dans la composition d'un rôle, il y a toujours plusieurs parts : à la fois cette capacité à rêver son personnage, à céder à l'imagination, et puis ce qu'on amène soi, qu'on module un peu, mais qui existe. Dans Séraphine, on retrouve la part de création de Martin Provost, qui a essayé de s'approprier ce qu'elle était, et la mienne : par mon corps, j'ai essayé de lui donner une deuxième vie.


Ce film vous a-t-il conduit à vous interroger sur votre propre vie artistique ?
Oui, car ce destin particulier interroge sur l'engagement total. Séraphine livre son âme, elle ne vit que pour sa peinture. Le film pose la question de l'engagement artistique. Jusqu'où


Depuis Quand la mer monte en 2004 (César du meilleur premier film et prix Louis-Delluc), vos expériences se font plus diverses. Le regard que l'on portait sur vous a-t-il évolué ?
Quand la mer monte a tout changé et m'a donné davantage de crédibilité. Auparavant, j'ai pu faire un peu peur aux réalisateurs qui pouvaient craindre certains effets comiques. Mais je ne me suis jamais sentie engoncée dans ce registre. Maintenant, on m'offre des rôles comme celui de Séraphine.

Recueilli par Marilyne CHAUMONT

Exposition « Séraphine », jusqu'au 5 janvier 2009. Au Musée Maillol, 61 rue de Grenelle, Paris 7e. Rens. : 01.42.22.59.58 ou www.museemaillol.com


Séraphine ou la vie rêvée de Séraphine de Senlis, de Françoise Cloarec (Éd. Phébus, 172 p., 12 €), sur lequel Martin Provost s'est notamment appuyé pour nourrir son film, et Séraphine, de la peinture à la folie, d'Alain Vircondelet (Éd. Albin Michel, 216 p., 16 €).

   




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