La chanson de Craonne

Publié le par Betty Faivre

La chanson de Craonne

 

Quand au bout d'huit jours le r'pos terminé
On va rejoindre les tranchées,
Notre place est si utile
Car tous les jours on fusille
Mais c'est bien fini, on en a assez
Personne ne veut plus marcher
Et le cœur bien gros, comm' dans un sanglot
On dit adieu aux civ'lots
Même sans tambours, même sans trompettes
On s'en va là-haut en baissant la tête

- Refrain -
Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes
C'est bien fini, et pour toujours
De cette guerre infâme
C'est à Craonne sur le plateau
Qu'il faut  laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
Nous sommes les sacrifiés

Huit jours de misère, huit jours de souffrance
Pourtant on a l'espérance
Que pour nous viendra la r'lève
Que nous attendons sans trêve
Soudain dans la nuit et dans le silence
On voit quelqu'un qui s'avance
C'est un officier des chasseurs à pied
Qui vient pour nous remplacer
Doucement dans l'ombre et la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes

- Refrain -

C'est malheureux d'voir sur les grands boulevards
Tous ces gros qui font la foire
Si pour eux la vie est rose
Pour nous c'est pas la même chose
Au lieu d'se cacher tous ces embusqués
F'raient mieux d'monter aux tranchées
Pour défendre leur bien, car nous n'avons rien
Nous autres  pauv' purotins
Tous les camarades sont enterrés là
Pour défendre les biens de ces messieurs-là

- Refrain -

Ceux qu'ont le pognon, ceux-là reviendront
Car c'est pour eux qu'on crève
Mais c'est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève
Ce s'ra vot' tour messieurs les gros
De monter sur le plateau
Et si vous voulez faire la guerre
Payez-la d'votre peau

Cette chanson anonyme a sûrement plusieurs auteurs. Elle a continuellement évolué au cours de la guerre en fonction des lieux principaux de combat. Elle apparaît sous le nom de La Chanson de Lorette évoquant la bataille de Lorette à Ablain-Saint-Nazaire se déroulant entre octobre 1914 et octobre 1915. Ensuite, la chanson est transformée pour évoquer le plateau de Champagne au cours de l'automne 1915. En 1916, elle devient une chanson sur Verdun.

Elle fut chantée par les soldats qui se sont mutinés (dans plus de soixante des cent divisions de l'armée française) après l'offensive très meurtrière et militairement désastreuse du général Nivelle au Chemin des Dames.

Ces révoltes furent sévèrement réprimées, notamment par le général Pétain, nommé le 17 mai 1917 pour remplacer le général Nivelle avec pour mission d'endiguer l'effondrement du moral des soldats.

Et enfin, c'est la version de 1917 qui est popularisée par Paul Vaillant-Couturier en liaison avec les mutineries. Cette chanson est souvent perçue comme un manifeste même si les motivations des soldats étaient beaucoup moins révolutionnaires et pacifistes. Toujours est-il que le refrain subit une nouvelle transformation :C'est à Craonne, sur le plateau.
Pour l'occasion, le village de Craonne gagne une syllabe (Craonne se prononce habituellement kron, la chanson dit kraon/ pour avoir le compte de pieds). Le plateau dont il est question est le plateau de Californie qui surplombe le village. En effet l'endroit est le lieu de terribles combats à partir du 16 avril 1917 : la 1re division d'infanterie qui monte à l'assaut se trouve bloquée au niveau des caves de Craonne. Puis le 4 mai, une seconde offensive est lancée par la 36e division d'infanterie qui aboutit à la reprise de Craonne et à la progression sur le plateau de Californie.
Parmi les légendes qui entourent la chanson, la plus tenace est celle qui affirme qu'un million de francs or, en plus de la démobilisation furent promis à celui qui dénoncerait l'auteur.
Elle a été interdite jusqu'en 1974.

Lionel Jospin a rendu hommage aux mutins de Craonne lors d'un discours le 11 novembre 1998 à Craonne."Ces soldats fusillés pour l’exemple, au nom d’une discipline dont la rigueur n’avait d’égal que la dureté des combats, réintègrent aujourd’hui, pleinement, notre mémoire collective (…) Certains de ces soldats, épuisés par les attaques, condamnés à l’avance, glissant dans une boue trempée de sang, plongés dans un désespoir sans fond, refusèrent d’être sacrifiés. "

En savoir plus sur Craonne


"Souvenez-vous!" - Jubii TV
Documentaire sur le chemin des Dames réalisé par l'atelier vidéo de devenir en Vermandois à Bohain.


La chanson de Craonne.
Interpretée par Marc Ogeret.

 

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