Le procès d'Aung San Suu Kyi

Publié le par Betty Faivre

Inique

UN acte de clémence, vraiment ? Une infamie plutôt, une de plus à l'actif des généraux de Rangoun contre Aung San Suu Kyi qui, depuis près de vingt ans, les fait trembler. Dix-huit mois d'assignation à résidence, alors que la frêle opposante risquait cinq ans d'emprisonnement, ce n'est pas de l'indulgence, c'est de l'hypocrisie. Le mauvais procès qui lui a été intenté, sous un prétexte fallacieux, n'avait d'autre but que de l'écarter de la prochaine élection générale, pour éviter qu'elle ne cristallise la contestation de plus en plus évidente du régime.

Parce qu'elle incarne l'espoir de la démocratie, « Papillon d'acier » comme l'appellent affectueusement ses compatriotes pour saluer le courage sans faille qui se cache sous la si délicate silhouette, est une empêcheuse de tyranniser en rond. Depuis que son parti, aujourd'hui exsangue, a gagné les législatives, en 1990, en emportant 82 % des sièges - une victoire aussitôt récusée par les militaires - elle n'a cessé d'être poursuivie, brimée et bâillonnée, sans que la communauté internationale, si prompte à élever des protestations, n'ait rien pu changer. Même Ban Ki Moon, le secrétaire général de l'ONU, qui s'est spécialement déplacé en juillet pour obtenir la libération de la lauréate 1991 du prix Nobel de la Paix, n'a pas été autorisé à la rencontrer.

 Un véritable camouflet.

Défiée à nouveau, cette communauté
internationale, quasi unanime à dénoncer le verdict inique, semble toujours aussi impuissante à faire bouger les choses, comme elle l'a été lorsque des milliers de Birmans ont été abandonnés à leur sort, après le cyclone du mois de mai 2008 : le pouvoir avait fermé ses frontières à l'aide humanitaire. Comme en septembre 2007, lorsque les bourreaux du Myanmar ont violemment réprimé la révolte des moines bouddhistes contre la vie chère.

Protégée par la Chine et par la Russie, la Birmanie n'a cure d'être mise au ban. Ses dirigeants s'arc-boutent sur leur dictature, sans souffrir d'aucune des sanctions qui frappent le pays, et qui pourraient l'atteindre encore. C'est la limite des mesures d'embargo, pourtant nécessaires. C'est le peuple qui en est souvent la première victime. Pas ses oppresseurs.
Michel VAGNER 12/08/09

Publié dans Les gens

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