A l'ombre des "marronniers"

Publié le par Betty Faivre

 

 

 


Un « marronnier »,

en jargon de presse, est un sujet d’article qui revient systématiquement pour boucher les trous des médias d'information quand il ne se passe pas grand chose.


 Que dire ? Que faire ?

Il y a bien la solution de la « dépêche qui tue , qui consiste à monter en épingle un évènement plus ou moins tragique, mais absolument sans importance, qui se passe à l’autre bout du monde, du genre : « Un homme de trente-quatre ans se plante accidentellement un clou dans le pied à Kuala Lumpur (Indonésie) ».

Grossière stratégie. Les vacances de Sarko ?

Ce n’est plus ce que cela fut et le malaise vagal a fait long feu.

Heureusement, l’été fournit, de lui-même, une belle collection de marronniers.

Quelques exemples.


« Bison Futé avait vu juste »
.
C’est le marronnier « chassé-croisé », un grand classique, valable pour cinq fins de semaine lors des grandes transhumances... 


« Pour les hôteliers-restaurateurs du Finistère, juillet a été médiocre en raison d’une météo capricieuse ».

Effectivement, il pleut toujours en Bretagne pendant les vacances. Un peu, beaucoup, énormément, à verse, mais : toujours. La solution se cache peut-être dans l’évolution  climatique. En attendant, il est vain d’espérer que la température de l’eau dépasse 18 ° : les touristes le savent, les restaurateurs aussi, alors pourquoi, chaque année, ces soupirs ?


"Les producteurs n'ont pas la pêche"

Autres lamentations inévitables, celles de nos amis les jardiniers de la nature, belle métaphore qui rappelle qu’un mauvais jardinier, c’est un assassin en herbe (Prévert).

Cet été, c’est les pêches.

L’an dernier, la récolte était mauvaise, donc crise.

Cette année, il y en a trop, recrise. Et on réclame des « aides ».

Ce ne sont plus des « aides », ce sont des primes à l’imprévoyance. Car ces agriculteurs ont choisi de planter des hectares et des hectares de variétés de pêchers hyperproductives, ce qui évidemment porte en soi le risque de saturer le marché et de faire baisser les cours (le premier con venu le comprend).

Comme, en plus, ces pêches sont insipides, voire carrément mauvaises, il s’en vend de moins en moins. Il devient arrogant, pour un consommateur, d’exiger des pêches mûres : celles qu’on lui propose sont dures comme des boules de pétanque. Il paraît (c’est l’excuse habituelle) que cela répond aux vœux des clients soucieux d’avoir des fruits sains, pas tripotés, qu’il peut entasser dans son frigo.

Foutaise, évidemment. Pendant un siècle, on a acheté des pêches mûres, pourquoi voudrait-on, depuis cinq ou six ans, se casser les dents sur des boules de béton ?

Et pourquoi paierait-on, en sus, des compensations pour des pêches que l’on n’a pas mangées parce qu’elles étaient immangeables, qui ne se sont pas vendues parce qu’elles s’avéraient invendables et qui ne se vendront pas mieux l’an prochain ?

Est-ce que l’économie de marché ne s’applique pas aux marchés ?


Les marchés, parlons-en. Un des marronniers, c’est l’enquête sur "les activités de la Répression des fraudes". Ses agents, paraît-il, sont hyperactifs l’été (donc, pas un seul agent de ce service ne doit prendre ses congés en été ?). Sur les marchés, ils mesurent la température des vitrines réfrigérées, puis ils tombent à bras raccourcis sur un pépé qui vend des limaçons et du fenouil. Dieu merci, ils ne sont pas choqués de voir s’étaler des Ray Ban à 10 €, des caleçons Calvin Klein à 1 € et des tonnes de savon d’Alep dûment estampillé (suite à un reportage vu à la télé, c’est un must de la contrefaçon cet été).

Mais il y a pire. Un peu partout surgissent des vendeurs « bio » aux étranges manières, puisqu’ils vendent du miel de châtaignier récolté à Martigues (qui est à cent kilomètres du plus proche châtaignier) et conservé dans un bocal de verre dont la contenance est indiquée en polonais. J’ai personnellement vu des « petits exploitants locaux » vendre des figues « de leur jardin » le 3 juillet, soit avec un bon mois d’avance sur la première figue possible dans la région. Elles avaient l’air d’avoir été récupérées dans les poubelles, mais, au prix considérable de 6 euros le kilo, qui accréditait leur origine « bio », elles trouvaient preneur sous l’œil des autorités.

Bof, de toute façon, l’inévitable vendeur de « charcuterie corse » élaborée avec des cochons importés surgelés d’Espagne ou de Bulgarie n’est pas davantage soupçonné de tromper son monde : à 39 euros le kilo, la coppa ou le lonzo sont forcément bons, ou, en tout cas, typiques…


Restent "les noyés". Le vrai marronnier de l’été, c’est les petits enfants tombés dans les piscines. A ce jour, j’entends qu’il y a eu 217 noyades depuis le 1er juin. Dont seulement une dizaine d’enfants. Mauvaise saison ? Comme d’habitude, un quelconque ministre des piscines se charge de faire diffuser par son cabinet l’annonce d’une règlementation renforcée de ces trous d’eau meurtriers, on aura peut-être une enquête parlementaire pour analyser la baisse d’attractivité des piscines pour les moins de cinq ans.


Parce qu’il faut bien qu’à l’ombre des marronniers de l’été,
le gouvernement fasse quelque chose…

 

Publié dans Res Publica

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