L'armée du crime...

Publié le par Betty Faivre

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Missak Manouchian, et 22 membres de son réseau de résistance, les FTP-MOI (Franc Tireurs Partisans - Main d'œuvre Immigrée), s'effondrent sous les balles allemandes au Mont Valérien. Manouchian est un ouvrier mais aussi un poète, directeur de plusieurs revues littéraires. Il adhère au Parti communiste en 1934 et rejoint la résistance pendant la deuxième guerre mondiale. Il dirige de nombreuses opérations clandestines à Paris, avant d'être arrêté, torturé et exécuté.


La mort de ces résistants fournit un prétexte aux Allemands pour mener à bien une opération de propagande qui fit rentrer le groupe Manouchian dans l'histoire. Au lendemain de l'exécution, les murs des villes françaises se couvrent d'une affiche que l'on connait aujourd'hui sous le nom d'« Affiche Rouge ». Cette affiche, sous le slogan « Des libérateurs ? La Libération ! Par l'armée du crime. », reproduit les photographies des exécutés et à côté de chaque nom sont inscrits les nationalités, la religion pour les juifs, et le nombres d'actions menées.

affiche Rouge Fevrier-Mars 1944

La propagande nazie, relayée par les Vichyssois, cherche à les représenter sous la forme de terroristes apatrides. Les actes de résistance sont qualifiés d'attentats et la mise en avant de leur nationalité tente d'affirmer que seuls des étrangers se rebellent alors que les Français sont fidèles au Maréchal Pétain et au régime collaborationniste. Mais cette propagande échoue. L'affiche devient le symbole du martyre et pour la Résistance, une motivation supplémentaire à continuer le combat face à la barbarie.


Pour lutter contre l'oubli, l'histoire du groupe Manouchian est mise en parole par Aragon en 1955, à l'occasion de l'inauguration de la rue du Groupe Manouchian à Paris. Ce texte devient un classique des chants engagés, après sa mise en musique par Léo Ferré sous le titre « L'Affiche rouge » en 1959. Aragon y écrit notamment :


« Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents »

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