Roncevaux

Publié le par Betty Faivre

Roncevaux, c'est une chanson

De simple escarmouche, la bataille pyrénéenne
est entrée dans la légende grâce à la Chanson de Roland.

Il s'appelle Turold, il est l'auteur à la fin du Xe siècle de la première chanson de geste de la littérature. Rédigé en anglo-normand, le manuscrit, l'un des neufs existants de la Chanson de Roland, est toujours conservé à Oxford. Idée géniale que celle de transcrire par écrit, trois cents ans plus tard, la légende orale d'une défaite transformée en épopée, célébration épique des vertus de la chevalerie, de l'honneur féodal et de la foi.

En 4002 vers et quatre parties, Turold transcrit pour l'éternité la geste héroïque de Roland avec le chevalier, l'épée et le traître. Il débute par la trahison de Ganelon, beau-père du preux chevalier accompagné du sage Olivier, puis il décrit la bataille, avant de poursuivre sur la vengeance de Charlemagne et de conclure sur le jugement du traître et sa mort écartelé.

Une route tournicotante quitte Saint-Jean-Pied de Port, où se fondent en un seul chemin les quatre GR français qui mènent à Compostelle et grimpe jusqu'au sommet du col d'Ibaneta à 1.057m. A l'écart sur un petit promontoire une stèle toute simple rappelle la bataille de Roncevaux. Des graffitis noirs signalent la présence de l'ETA.

A quelques kilomètres en aval, la commune de Roncevaux. Selon la légende, c'est là que Charlemagne aurait fait construire le tombeau de son neveu. « Nous avons retrouvé des ossements du VIIIe siècle, la date de la bataille, dans la crypte ronde du silo de Charlemagne, l'autre nom de la chapelle du Saint-Esprit », rappelle une guide. Sur un banc de pierre, un marcheur-pèlerin s'est déchaussé et se repose. Des cyclistes posent devant un panneau « Santiago de Compostela 790 km ».

Le « Pas de Roland »


Non loin, un discret monument commémore la bataille. Une pierre fendue en deux symbolise la brèche. Des plaques gravées y sont accrochées, qui reconstituent la légende. « Tous les Français connaissent l'histoire de Roland », poursuit la guide. « La bataille est plus importante pour eux que pour les Espagnols. Les gens nous demandent le lieu des combats et où se trouve la fameuse brèche ».

Le chevalier s'est battu à quelques centaines de mètres de là dans un petite gorge. Trahi par Ganelon, il a voulu briser Durandal son épée, pour que l'ennemi ne s'en empare pas. La lame a coupé la montagne en deux. Au-dessus du cirque de Gavarnie, à plusieurs dizaines de kilomètres de Roncevaux, une passe de 40m de large et 100m de haut, est ainsi baptisée « brèche de Roland » à la frontière entre la France et l'Espagne. Durandal avait déjà permis au chef franc de percer un passage dans un rocher le long de la Nive à Itxassou. Il y laissa même une trace, le fameux « Pas de Roland ».
Détail du vitrail de Charlemagne à la cathédrale de Chartres -
Roland sonne le cor et fend le rocher grâce à son épée Durandal

La Chanson s'est répandue par les troubadours dans tous les villages du royaume. Quant à Durandal, qui vient du nom flamand de Roncevaux, Doorn-daal, elle a été transportée par l'archange saint Michel jusqu'à Rocamadour, autre haut lieu de pèlerinage sur la route de Compostelle.

Ainsi, se mêlent Roncevaux et Compostelle, grâce à la chanson de geste, véritable ode à la chrétienté dans sa lutte contre l'islam, puisque Turold, petit arrangement avec l'Histoire, écrit que le héros a été tué par les Sarrasins, non par les Vascons. Devenu un modèle de bravoure et de sainteté, Roland est célébré au XIIe siècle par les troupes, qui déclament la Chanson, avant les combats pour se donner du courage.
Est Républicain Patrick PEROTTO

Publié dans Histoire et histoires

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